Performance de Hermann Nitsch au Bürgtheater de Vienne

19 novembre 2005

Dimanche 13 novembre

Mon ami Michaël Magerat et moi, arrivons à l'aéroport international de Vienne.

Lundi 14

10h nous nous présentons à l'Arsenal, ancienne école militaire, pour le premier jour de répétition. Je retrouve un grand nombre des acteurs que j'avais côtoyés à ma première participation à l'O.M.T. 120. Ceux que je ne connais pas participaient au 6-Tagen en 1998. Retrouvailles joyeuses.

10h 30 H. NITSCH arrive. Ils salue tout le monde puis présente l'équipe de mise en scène et de logistique.

Suit alors le rituel de distribution des "rôles" qui se divisent en deux grandes catégories : les actifs et les passifs. Ces deux catégories sont perméables, car tous les acteurs ont plusieurs fonctions dans la performance. Les actifs sont ceux qui portent les croix,  qui portent les animaux et remuent les organes dans une opération appelée rematching. Les passifs sont ceux qui sont mis en croix.

Les acteurs passent les uns après les autre devant le maître et ses assistants Si l'acteur veut un rôle passif, il doit montrer son torse nu, les bras en l'air. Les bourrelets sont proscrits pour ce genre de rôle pour des raisons esthétiques évidentes. La plastique de Michaël, grand blond rasé, fut tout de suite remarqué par Nitsch qui exigea qu'on lui donnât un rôle de crucifié avant même qu'il ne passât devant lui. Cela tombait bien car c'était son voeu également.

Quant à moi, à peine debout pour me présenter, on me signifia que ce n'était pas nécessaire et l'on me proposa de m'attribuer les mêmes fonctions que l'année précédente. Je me rassis satisfait.

Nous répétons

Mardi 15

Suite des répétitions de 10h à 19h Interruption  à 13h pour le repas. Déjeuner de cantine, pas terrible. Nous sommes enfermé dans un des bâtiments de l'Arsenal prévu pour ce genre d'activités. L'espace scénique est à la dimension exact de la scène du Burgtheater. 

Mercredi 16

Première répétition au Burgtheater. Grande impression. Il s'agit d'un des deux principaux théâtre s de Vienne,construit au xix°s. Lieu de prestige, d'aspect extérieur imposant, il est situé en face de la mairie.

A l'intérieur, tout est marbre, dorures, et velours rouges. Au pied de l'immense scène, la fosse d'orchestre derrière laquelle s'étant le parterre surmonté de quatre niveaux de balcons à l'italienne. Je ne peux m'empêcher de remarquer l'insigne impériale ornant la loge principale et de penser à tout ce qui nous a précédé dans ce lieu. Et d'imaginer comme mes condisciples le choc d'esthétiques à venir. Car la performance n'auras pas seulement lieu sur la scène, mais aussi dans le parterre, dans les escaliers et même à l'extérieur.

L'après midi, nous retournons une dernière fois répéter à l'Arsenal. Je prend part activement à la répétions. Nitsch me fait jouer dans la dernière scène. Lorsque le taureau est couché, un homme est crucifié, sa croix poser sur le corps ouvert de l'animal, tandis que deux autres malaxent et ramène les organes, des tomates,et des raisins sur le crucifié. Quant à moi, je suis censé me coucher par dessus et simuler l'extase. Dans cette dernière scène, tous les acteur forme des mêlées (à la manière des rugbymen) et entour à certain moments le taureau.

Jeudi 17

Répétition toute la journée au Burgthéater. Comme on n'a pas besoin de moi, j'assiste aux répétitions des orchestres et des choristes. La musique est essentielles dans les performances de Nitsch. Il entremêle des musiques pesantes, monocordes, jouées par un ensemble instrumental et ou par un choeur, mais par moment composées d'une seule note, avec des airs enjoués inspirés du folklore autrichien. Ces airs, sont interprétés par des fanfares locales, puis reprises par les orchestres, cuivres, cordes et percussions leur donnant plus d'ampleur. Ces musiques m'emportent.

Vendredi 18

Dernière ligne droite, répétition en temps réel avec les musiciens. Mise en place des écrans géants dans la salle pour permettre à tous les spectateurs de voir tout ce qui se passe à tout moment dans les escaliers et à l'extérieur

Samedi 19

13h tout le monde est prêt. Tous habillés de blanc, nous assistons à l'arrivées des quatre porcs, des raisins, des tomates., le taureau, lui, arrivera plus tard. Nous recevons trois feuilles photocopiées : la conduite du spectacle. Et là, surprise ! Mon, nom se retrouve dans un autre tableau que celui prévu initialement. J'en discute avec plusieurs acteurs qui me traduisent le texte. Il s'avère qu'effectivement, je serai dans le taureau, et que je suis toujours censé simuler l'extase, mais ce qui nous étonne, c'est qu'à ce moment du déroulement de la performance, le l'animal est pendu par les pattes arrières à un cadre fixé sur une plate-forme portable par quarante personnes. Le metteur en scène m'explique le détail de la chose. Puis, à 15h, les spectateurs entrent et nous commençons.

 

Pour ceux qui ne connaissent rien de l'univers de Hermann NITSCH, je renvois à son site : http://nitsch.org

Après quatre heures de "cérémonie" sur scène, dans les couloirs et même à l'extérieur du théâtre, arrive enfin mon l'instant de ma prestation. Sur la scène, la plate-forme sur laquelle est pendu le taureau à la manière d'un Rambrant, ou d'un Bacon. Autour, les 50 acteurs dont le blanc des uniformes est déjà bien maculé de rouge. Une choral est montée sur scène et chante d'une seul note. Un grand nombre de spectateur du parterre se trouve depuis quelques heures sur la scène et entoure maintenant aussi la plate-forme. Se trouve là aussi des musiciens, des gongs et des percussions jouant avec l'orchestre qui se trouve au pied de la scène. Nitsch supervise les opérations sur le devant avec ses assistants. Moi, je suis assis sur une chaise dans un coin de la scène. Léo, un des metteur en scène vient me chercher. L'excitation est à son comble. Après quatre heures en quasi spectateur,  je me lève,. Léo se place derrière moi me tient par la taille. Nous nous frayons un passage à travers las spectateurs, choristes et acteurs. Cà y est, je suis au pied de la plateforme. Les huit ou neuf acteurs présents devant l'animal me hissent et me plongent, pieds en premiers dans le thorax du taureau. Je m'y enfonce jusqu'à la taille. Je suis debout, je m'agrippe à la cuisse de la bête, les autres acteurs ramènent et remue des organes, versent sur mon corps du sang, de l'eau chaude, de l'eau froide. Mon point de vue est unique et je profite à plein du moment. Je rentre en quasi transe. L'extase ? Je ne dois pas la simulée, je la vis. Mon corps ne fait plus qu'un avec celui du taureau. Je bouge dans tous les sens et je hurle ma joie.

 

Après ce moment de pur bonheur personnel, Michaël Magerat rentra en scène en tant qu'acteur passif. Comme vous pouvez le constater sur cette photo.

 

Il est bien sûr extrêmement difficile de décrire l'ensemble des sensations et sentiments qui nous envahit dans cette expérience unique.

 

Après le spectacle, nous nous sommes réunis dans un restaurant Viennois et déjà évoquer le prochain rendez-vous vraisemblablement pour six jour à Prinzendorf en 2008.

 

 L'aventure continue !