Deuxième carnet de réflexions qui fait suite au Carnet I.
194 réflexions classées en cinq thèmes.  
21 dessins à l'encre.
1 photographie
Autoédition (photocopies) tirées à 30 exemplaires numérotés dans sa première édition

Les deux carnet ont fait l'objet d'une performance littéraire le 22 octobre 2010

Thibault DELFERIERE

Carnet II. 2008-2010

Du temps qui passe, du sexe, de la mort, du pouvoir, de la nature, de l’art.

Autoédition octobre 2010

1°impression 30 exemplaires

Cinq thèmes

0. INTRODUCTION

I. MES QUARANTE ANS

II. LES FEMMES, LE SEXE, LA MORT ET AUTRES FUTILITES.

III. LE POUVOIR, LA POLITIQUE ET AUTRES COMMERCES HUMAINS

IV. LA NATURE

V. L’ART

Extraits dans I MES QUARANTE ANS

2

Il est désormais trop tard pour nombre de choses. Exemple :

Trop tard pour concourir pour le titre d’espoir du jeune artiste.

Trop tard pour vivre une grande et déchirante passion amoureuse. J’ai vécu et observé trop de choses. Et puis vous me voyez à mon âge et avec mon parcours de vieux célibataire dire à quelque douce créature :  «  Reste, je ne puis vivre sans toi ». Je peux être ironique, voire cynique, mais là, je franchirais une limite.

Trop tard.

Par contre, il me semble pouvoir encore expérimenter certaines choses. Il est donc un peu tôt pour clore définitivement quelques chapitres.

Trop tôt pour être amer.

Trop tôt pour considérer mon œuvre comme achevée. Jusqu’ici, j’ai nourri mon travail de nombreuses références à mon passé, même lointain. Guérit-on jamais de son enfance ? Je ne puis le dire avec certitude, en revanche, je sais que j’ai déjà commencé à exploiter d’autres sources de matière première.

Extraits dans II LES FEMMES, LE SEXE, LA MORT ET AUTRES FUTILITES.

34
La solitude confère à chaque rencontre, à chaque rendez-vous une importance exacerbée, souvent démesurément.

35
La laideur n'est pas forcément rédhibitoire aux plaisirs charnels.

Bien entendu, il est difficile d'admettre qu'une personne aux traits peu avenants vous ait mené aux nues.

43
Toute relation contient en elle-même ses conditions de possibilité de trahison.

Et j'ai rencontré peu de cas pour lesquels ces conditions ne s'actualisaient pas en fin de compte.

III. LE POUVOIR, LA POLITIQUE ET AUTRES COMMERCES HUMAINS

33
Pas la peine de me torturer, je dirai tout ce que vous voulez. Mais, demeurera toujours une part d'indicible. Il y a, par exemple, ce que je produis par la pensée entre le moment du dernier aveu et celui du compte-rendu.

34
Le progrès n'est jamais qualitatif et global, il ne peut être que quantitatif et circonscrit.

Il ne peut pas être qualitatif car dès que l'on essaye de mesurer la qualité d'un état de chose, on se heurte au problème des critères de jugement. Ce qui semble un progrès dans un domaine et pour certains s’avérera peut-être un déclin ou un statut quo pour d'autres. La morale de Kant, constitue-t-elle un progrès par rapport à celle d'Aristote ? Le libéralisme, tout comme le socialisme, visent le bien-être général par des moyens radicalement opposés. Pour les premiers, il s'obtient par l'enthousiasme individuel ; pour les seconds, par la solidarité collective. Les socialistes sont communément considérés comme progressistes. Mais sur quelles critères ? D'autant plus que les derniers combats syndicaux ressemblent plus au Radeau de la Méduse qu'à La liberté guidant le peuple.

Le progrès est numérique et local, dans le sens où la quantification est un critère, certes limité, mais facilement évaluable du point de vue d'un état donné et changeant. Exemple : le chemin de fer et ses locomotives. Depuis ses débuts, le train est chargé prioritairement de transporter des passagers et des marchandises d'un point à un autre le plus rapidement possible (exception faite des trains omnibus). En améliorant les moteurs, les structures des voitures, l'infrastructure des réseaux,..., on peut juger du progrès dans la mesure où les transports se font plus ou moins rapidement.

Le progrès revient donc à une plus grande efficacité et pour juger de l'efficacité, il faut fixer un point d'horizon et ne jamais oublier qu'il y a toujours quelqu'un pour le fixer. Le progrès ne vaut que pour celui qui fixe ce point.


Extraits dans V. L'ART

11
La notoriété, et les moyens qui l’accompagneraient le cas échéant me seraient utiles seulement dans la mesure où elle améliorerait mes conditions de création, outre le fait de flatter mon ego bien entendu.

12
Le rose, c’est du blanc qui saigne, avec modération.

13
Le rose-jaunâtre, c’est un bébé mort.

14
J’ai connu un professeur d’arts plastiques décréter la mort de la peinture. Je suppose que s’il avait souffert d’impuissance, il eut constaté la mort de la sexualité.

15
Soutine a connu des périodes où il ne mangeait pas à sa faim. Il peignait de la nourriture : poissons, lapins, poulets, … Était-il rassasié après ?

Pour ma part, il m’arrive de peindre, des heures durant, des vagins, des vulves, des cuisses, des nichons,.

16
Un artiste qui n’engage pas entièrement son corps dans son travail peut tout juste revendiquer le statut d’intellectuel.

17
Être en train de peindre, c’est matérialiser un état de son esprit toujours en évolution. Considérer qu’un tableau est terminé, c’est décider de figer l’esprit dans son dernier état.

18
Un de mes grands fantasmes de plasticien facétieux est de réaliser une peinture ou une photo de nu anonyme, qu’un homme désire l’acquérir, qu’il m’exprime son émoi érotique face à la représentation de ce jeune corps et, de pouvoir lui révéler que celle qui le fait bander n’est autre que sa propre fille.