Cheratte

Cheratte, petite ville minière de la région liégeoise a accueilli la seconde expo collective du groupe d'artistes qui s'était constitué à l'occasion des journées du patrimoine de 2003 à Mirwart (province du Luxembourg..En 2004, tout était différent : les artistes du groupe moins nombreux, le site à ciel ouvert, des drames familiaux pour la cheville ouvrières du groupe...

Au départ, le site était alléchant, un ancien charbonnage à l'abandon  ne pouvait que m'inspirer et me plaire. Malheureusement, son actuel propriétaire nous a refusé l'accès de l'intérieur des bâtiments. Les autorités communales nous ont permis d'investir les murs extérieurs, un pont et une tour. Pour ma part, c'est sur cette dernière que j'ai jeté mon dévolu.

Contrairement à mes collègues, j'avais choisi de prendre le total contre-pied de l'ambiance mineurs et charbon, et mon projet fut d'aller accrocher quatre grandes toiles sur la surface supérieur de la tour. Les couleurs vives étaient destinées à provoquer un contraste dans cet univers gris et noir . Le thème du clown, je l'ai choisi pour son double aspect : la gaîté, d'une part, le clown est censé faire rire et le désespoir d'autre part. En effet, dans ma mythologie personnelle,  le clown est ce personnage populaire, forcément triste dont la profession est de faire rire à tous prix. Quelle vulgarité ! J'imagine le monde ouvrier comme une bande de raconteurs de blagues salaces dans les bistrots, destinées à oublier sa condition misérable.

Mais je ne suis pas, loin s'en faut, un artiste engagé politiquement.  Donc retenons seulement la gaîté des couleurs au sein de ce monde gris.

Donc, pendant deux mois, je me suis attelé à la réalisation de quatre toiles de 2m x 2m    . Et j'y suis arrivé.,péniblement, certes, mais bon... L'avant-veille du vernissage nous avions rendez-vous avec les pompiers et leur grande échelle. Le malheur a voulu que les braves soldats du feu étaient pressés. Je tentais de diriger les opérations d'en bas de la tour. Je voulais faire placer les toiles en carré, deux lignes, deux colonnes. Impossible ! ou très difficile. Je résolu d'accepter à contre coeur de les laisser pendre en colonne 1x4. Esthétiquement, ce n'était vraiment pas ça, mais bon, je ne maîtrisais plus grand chose sur ce chantier.

Le lendemain matin de retour sur place, horreur ! Vous pouvez voir sur le petit film ci dessus à quel spectacle affligeant je fus condamné. Le vent avait décider de détruire mes toiles. Il était écris que je ne rencontrerais pas le monde ouvrier avec mes peintures. Chaque bourrasque déchirait un peu plus mes toiles. Il n'était bien sûr pas question de rappeler les pompiers pour tous décrocher et nous n'avons pas trouver une échelle assez haute pour tenter de stabiliser l'ensemble. Et, J'était là, impuissant, obligé d'assister à la détérioration de mes toiles.

Malgré la sollicitude de mes collègues, j'étais complètement désespéré. Et loin de chez moi, j'étais condamné à passer le reste de la journée sur place. Quel supplice !  En fin de journée, j'annonçais que je ne viendrais pas les deux jours suivants car, ce lieu, cette ambiance,ces gens et surtout ce désastre m'étaient insupportables. Cependant, dans un sursaut nitzschéen, je promis une surprise pour le dernier jour : une performance.

De retour chez moi, j'ai contacté un certain nombre d'amis susceptibles de m'épauler dans ce projet mu, il faut bien le dire par l'énergie du désespoir. Après plusieurs heures de discussion folle, où les idées fusèrent, je du me résigner à ne pas honorer ma promesse car il s'est avéré impossible d'organiser une grande performance en 48 heures.

En deux mots, mon idée était de trouver une manière spectaculaire de prolonger le travail dévastateur du vent sur mes toiles. J'imaginais un concert du type Quanta avec à un moment la mise à feu  des toiles, par exemple, grâce à des flèche enflammées tirée par un archer. Mes amis m'en ont dissuader. Certains refusaient l'idée de détruire des peintures, d'autres ava ient  peur du ridicule. En effet, imaginons que les toiles n'eussent pas brûlé, l'échec eut été complet. Cette dernière considération l'a emporté dans mon esprit.

Je ne suis donc pas retourné à Cheratte, un ami m'a rapporté mes toiles très abîmées. A ce jour, je n'en ai toujours rien fait.

TD. 4-12-2005